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Interprétations politiques des enregistrements de guerre
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Une analyse d'Audrey Roncigli
Septième Symphonie de Bruckner Ouverture Coriolan de Beethoven Conclusions
Conclusions À travers ces trois exemples d’œuvres, ressort une caractéristique commune : la tension, le tragique, et l’espoir contenus dans les versions des années 1940, face à l’atmosphère plus détendue, sereine des versions postérieures. Préparées par les essais d’interprétation des versions des années 1930, les variables poussées à l’extrême sont bien les marques du poids de « l’instant » dans les enregistrements de la période de guerre. En effet, ces crescendi paroxysmiques, ces accords et accents violents, ces tempi très rapides et libres, ces ruptures brusques, cette dynamique de nuances et de couleurs orchestrales, toutes ces variables sont contenues en germe chez Furtwängler, et n’ont attendu que le moment, l’instant adéquat, pour s’exprimer. En les mettant en application dans ses interprétations entre 1942 et 1945, Furtwängler se fait l’écho et le reflet du contexte social et politique qui l’entoure. La joie et l’espoir sont aussi présents, perceptibles à quelques moments précis dans les œuvres présentées : espoir et joie d’un après-guerre meilleur, espoir et joie de retrouver la « vraie Allemagne »… Ainsi, si le tempo rapide est utilisé pour la tension, – ce qui n’est pas toujours le cas, puisque le chef parvient quelquefois à créer le drame en élargissant le tempo – en règle générale, c’est par le contraste d’un tempo plus large qu’il obtient l’apaisement et des notes d’espoir. Peut-on ainsi aller jusqu’à affirmer que ces interprétations doivent être considérées comme l’expression du sentiment intérieur du chef en ces temps troublés, l’expression du poids de l’instant, et de l’alternative que le chef voulait lui substituer ? Comme Furtwängler ne se limite pas au tableau musical du contexte de l’Allemagne qui l’entoure, en présentant des notes d’espoir et d’ « altérité » dans ses enregistrements de guerre, faut-il considérer ces interprétations comme vecteurs d’une pensée résistante, ou tout au moins, confiante en des jours meilleurs ? Certes, considérer ces interprétations comme des messages d’espoir est autorisé, mais leur ajouter un esprit de résistance, malgré la révolte qui gronde (repensez à Coriolan, à certains passages de l’Adagio de Bruckner), ne peut être historiquement prouvé. Volonté de résistance ou pas, ces enregistrements de guerre restent des témoignages uniques à la fois sur la situation personnelle d’un artiste en guerre, mais aussi sur le paysage contextuel des performances. Bref, cette étude ne s’est voulue qu’une première approche dans le domaine des interprétations politiques des performances de guerre liées à Furtwängler : elle a au moins permis, s’il en était besoin, de prouver l’incroyable génie de cet artiste dans ces moments troubles, et sa volonté de faire primer l’instant sur l’habitude…
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