Harry Halbreich   (1931-2016)
   

                                  Le compositeur - L'homme - Le chef d'orchestre | The composer - The man -The conductor

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Harry Halbreich

 


                                                        HARRY HALBREICH

                                                   Berlin 1931 - Bruxelles 2016

 

Harry Halbreich vient de décéder ce lundi 27 juin. Il était né à Berlin le 9 février 1931. Ayant fui l'Allemagne nazie, il passe son enfance en Suisse, mais se retrouve ensuite à Paris, où il étudie la musique au CNSM mais aussi avec Arthur Honegger, puis Messiaen, les deux dont il deviendra plus tard l'un des plus ardents défenseurs. Sa vie s'est partagée entre l'enseignement — notamment comme professeur d'analyse à Mons — les articles et l'animation musicale, comme en témoigne son investissement dans le Festival de Royan dont il dirige la programmation de 1972 à 1977.

Il détestait qu'on le range parmi les "musicologues", refusant la docte science analytique et froide. Il préférait l'enthousiasme, et nombreux se souviendront de ses conférences, où, sans aucune note, il était capable de mobiliser la foule comme personne, suscitant ce qu'il y a de plus précieux : le désir, désir d'écouter, de connaître, d'aller en profondeur, de s'émerveiller devant le miracle de la création. Il en était capable, car il était impossible de prendre en défaut sa culture encyclopédique. Sa connaissance de la musique, des œuvres de toutes sortes, de leurs ressorts, de leurs prolongements, était incommensurable. Il pouvait citer au débotté telle ou telle mesure.

Le voir lire une partition d'orchestre était un spectacle à lui tout seul. Le nez à quelques millimètres du papier, il voyait pourtant tout des vingt ou trente portées, et était à même de relever une faute au milieu de mille notes !

Entrant un jour dans la cabine, en cours d'enregistrement, il signala, après une seconde d'écoute, que la seconde ou troisième trompette ne jouait pas la transposition écrite. Ni le chef ni le directeur artistique n'avaient entendu... Une paire d'oreilles comme on en fait peu.

Il a accompagné la démarche créatrice de nombre de ses contemporains qu'il connaissait intimement : Messiaen, Ohana, Xenakis, Nono, et leur a consacré des ouvrages qui font autorité. Il courrait d'ailleurs d'une ville à l'autre pour entendre une création. Cela ne le détournait nullement des classiques, au milieu desquels il distinguait entre autres Haydn, Schubert et Bruckner, qu'il vénérait alors qu'il écartait Brahms, Wagner et Schoenberg. C'est que Harry était entier, là comme en d'autres domaines — l'amitié notamment — avec parfois des jugements à l'emporte-pièces qui pouvaient même le faire apparaître tout à coup comme insupportable, voire "insortable". Et, mon Dieu, comme il pouvait l'être ! mais on lui pardonnait ses écarts, car tous ceux qui l'ont approché s'accorderont à louer — par delà une attitude faisant souvent fi de tout ce qui permet la vie en société — sa rectitude intellectuelle et morale, sa générosité, sa foi inébranlable dans l'Homme.

Plus récemment, il s'était attaché à défendre des compositeurs qu'il estimait trop peu présents dans le paysage musical aussi divers que Maurice Emmanuel, Bohuslav Martinu, Jan Zelenka, Philippe Gaubert. Et que dire de son engagement — il fut le premier ! — en faveur de la redécouverte de Magnard !

Il y a quelques années, il avait embrassé la foi catholique, et il y tenait beaucoup, ses méditations et ses réflexions rejaillissant dans ses vues sur le devenir de l'humanité. Car il savait s'intéresser, au-delà de la musique, au spectacle du monde, souvent avec emportement, mais toujours avec l'exigence d'une justice immanente.

La Société Wilhelm Furtwängler lui doit beaucoup. Il y a une quarantaine d'année, il avait rédigé pour nos disques des articles d'une grande intelligence : ses "Beethoven" demeurent — et pour longtemps — des analyses inégalées.

La SWF fait part de toute sa sympathie à sa famille, à ses enfants et petits-enfants, et les assure que le souvenir d'un être d'une rare élévation de pensée restera à jamais inscrit en son sein.


  Ce lundi 27 juin 2016

 

 


 
 


 

 

 

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