Ayant
conclu
l’Adagio,
Beethoven
écrivit
:
« Auch
dieses
nicht.
Es
ist
zu
zärtlich»
(Pas
cela,
non
plus.
C’est
trop
tendre).
A
cause
de
l’usage
de
la
voix
humaine,
des
« puristes »
ont
contesté
l’existence
de
toute
relation
organique
ou
spirituelle
entre
ce
mouvement
et
les
trois
premiers.
D’autres
exprimèrent
leur
pitié
pour
« ce
pauvre
Beethoven
égaré ».
Quelques
critiques
anglais
qualifièrent
ce
mouvement
d’« absurde ».
D’autres
parlèrent
d’accident.
Heureusement
tout
cela
n’appartient
plus
qu’au
passé.
Nous
savons
que,
dès
1812,
Beethoven
avait
l’intention
d’introduire
la
voix
humaine
dans
une
symphonie.
Dès
que
la
« Schrekensfanfare »
(fanfare
de
l’horreur)
retentit
à la
limite
de
la
dissonance,
la
réponse
immédiate
se
fait
sur
les
basses
à la
limite
de
la
voix
humaine.
Cette
sensation
unique
est
magistralement
rendue
par
Furtwängler.
Il
est
vain
de
vouloir
reconstituer
les
interprétations
« historiques »
de
1824
où
seulement
une
basse
avait
pu
jouer
le
récitatif.
Les
diététiciens
modernes
savent
très
bien
que
le
Signor
Dragonetti
était
le
seul
bon
joueur
de
basse
en
ce
temps-là !
Ici,
même
dans
les
dissonances,
Furtwängler
ne
laissera
jamais
la
ligne
mélodique
lui
échapper,
et
fera
en
sorte
que
les
8
contrebasses
et
les
12
violoncelles
puissent
s’exprimer
avec
toute
leur
puissance
dans
le
récitatif.
31.
Berlin 1942
(Beethoven)
Schubert,
Inachevée -
Berlin 1953
Une
fois
les
références
aux
trois
premiers
mouvements
rejetés
définitivement,
le
célèbre
thème
de
la
Joie
sera
cité
dans
toute
sa
glorieuse
simplicité
par
les
basses,
avec
les
contrebasses
au
premier
plan,
et
les
violoncelles
légèrement
en
arrière.
Même
pianissimo,
cela
donne
l’impression
d’une
puissance
capable
de
déplacer
des
montagnes.
Nous
ne
connaissons
que
Furtwängler
qui
applique
cette
technique
à
chaque
fois
que
l’occasion
s‘en
présente
dans
Beethoven,
Schubert,
Wagner
ou
d’autres.
32.
Lucerne 1954
A
l’instar
de
la
Septième
de
Beethoven
(2ème
mouvement),
le
célèbre
thème
est
construit
graduellement
sur
les
alti
et
deuxièmes
violons,
avec
le
basson
en
contrepoint,
puis
il
passe
aux
premiers
violons
tandis
que
le
contrepoint
en
pulsation
plus
marquée
est
assuré
par
le
reste
des
cordes.
Tout
au
long
de
cette
montée,
un
poco
a
poco
accelerando
à
peine
perceptible
jusqu’au
crescendo
final,
nous
mène
au
tutti
jubilatoire
dans
sa
vitesse
de
croisière,
avec
la
pulsation
devenue
rythme
rigoureux.
Les
tentatives
de
jouer
entièrement
ce
passage
à un
tempo
mécanique
et
constant
se
soldent
généralement
par
un
échec.
L’impression
à
éviter
est
celle
d’un
bis
repetita
non
placent
ou
de
déjà
vu,
ou
encore
d’uniformité
pouvant
engendrer
l’ennui.
Ici,
nous
sommes
devant
le
cas
type
où
l’on
associe
un
crescendo
avec
un
accelerando
afin
d’arriver
au
tempo
principal
à un
point
significatif
du
discours
(ex. :
un
thème
entier
en
fortissimo).
Ces
petites
modifications,
coordonnées
avec
la
structure
musicale,
étaient
fréquemment
appliquées
par
Beethoven
lui-même,
comme
en
témoignent
Moscheles,
Schindler,
Ignaz
vo
Seyfried,
Breuning
et
autres
disciples
du
maître.
C’est
aussi
ce
que
Furtwängler
et
d’autres
ressentent
instinctivement.
33.
Lucerne 1954
(3ème → 4ème →
4ème mouvements)
Après
le
retour
de
la
« fanfare
de
l’horreur »,
l’orchestre
va
ponctuer
le
récitatif
du
baryton,
tout
comme
il
avait
ponctué
le
récitatif
instrumental
auparavant,
trouvant
son
inspiration
dans
le
fortissimo
des
trompettes
du
3ème
mouvement.
Lucerne
1954
nous
donne
ici
un
autre
exemple
frappant
d’un
Furtwängler
visionnaire
qui
a
repensé
la
partition.
34.
Bayreuth 1951
Le
thème
choral
se
développera
allègrement
jusqu’à
son
sommet «
Und
der
Cherub
steht
vor
Gott ».
Avec
Furtwängler,
la
fermata
est
toujours
la
plus
longue
et
la
plus
soutenue,
semblant
aller
à
l’infini.
Les
voix
humaines
sont
poussées
jusqu’à
leur
limite.
35.
Berlin 1942
Je
ne
connais
rien
de
plus
terrifiant
que
le
coup
de
timbale
d’August
Lohse
de
Berlin.
36.
Lucerne 1954...
...fondu
énchaîné avec
Berlin 1942
La
section
qui
suit
est
un
Allegro
assai
vivace,
long
de
263
mesures.
Le
« alla
marcia »
indiqué
par
Beethoven
ne
signifie
PAS
forcément
une
marche
turque !
car,
joué
de
la
sorte,
cet
Allegro
sonnera
au
mieux
pompeux,
au
pire
comme
une
chanson
à
boire.
Avec
les
chefs
qui
adoptent
un
tempo
lent
et
stable
pendant
263
mesures (!)
toute
cette
partie
(ténor,
chœurs
et
fugue)
ne
peut
qu’être
académique
ou
pédante,
ou
encore
ennuyeuse.
Furtwängler
évitera
tout
cela
en
jouant
toute
cette
section
bien
plus
vite
(130
à
140)
que
l’indication
originale
(84).
Sa
conception
est
fougueuse
et
virile.
La
partie
du
ténor
est
spécifiquement
héroïque :
« Allons
en
quête
de
la
Joie
comme
un
héros
court
à la
victoire »
(Wie
ein
Held
zum
Siegen).
En
dépit
du
rythme
trépidant,
la
fugue
sera
bien
articulée.
Toutefois,
peu
d’orchestres
ont
pu
suivre
la
cadence
furieuse
de
Furtwängler.
Même
les
Berlinois
éprouvent
du
mal
à le
faire.
37.
Lucerne 1954
(avec plusieurs
extraits
enchaînés)
L’ultime
section,
que
beaucoup
de
Beethovéniens
appellent
l’Acte
de
Foi,
est
visiblement
considérée
comme
telle
par
Furtwängler.
L’atmosphère
raréfiée
est
à
l’évidence
très
religieuse,
avec
ses
merveilleux
contrastes
entre
pp
et
fff,
l’ardeur
de
son
envol
dans
la
double
fugue
du
chœur,
et
le
court
moment
de
doute
quasi-Brucknérien
vite
balayé
par
le
« Brüder,
überm
Sternenzelt
muss
ein
lieber
Vater
wohnen. »
Religieux
sans
doute,
mais
viril
et
énergique.
38.
Lucerne 1954
Etant
donné
les
vastes
dimensions
de
ce
mouvement
qui
a
inspiré
des
milliers
d’études,
il
est
vraiment
étonnant
qu’il
n’ait
pas
encore
été
enseveli
sous
les
tonnes
de
papiers
auxquels
il
avait
donné
lieu…
Nous
conclurons
cette
modeste
étude
avec
le
Prestissimo
final
dans
la
fougueuse
interprétation
de
Furtwängler
telle
qu’il
l’a
conçue
à
partir
de
toute
une
vie
d’étude
de
la
partition,
aussi
bien
que
de
l’expérience
de
Wagner
et
de
son
enseignement.
Pour
l’anecdote,
Schenker
(qui
détestait
Wagner)
recommande
à
son
tour
les
mêmes
tempi
extrêmes !