La transition de 42 mesures (sempre pp) laisse ici place à 8 mesures en crescendo qui introduisent le
fameux 4ème mouvement, véritable marche triomphale. C’est l’un des moments les plus glorieux de l’histoire de la Musique. Rappelons-nous le vieux grognard de l’Empire qui se
leva ici en plein concert Habeneck à Paris, brandissant son sabre et s’écriant : « C’est l’Empereur ! Vive l’Empereur ! ».
Ici, nous n’avons qu’un conseil à donner : rangez vos métronomes ! Les quatre dernières mesures du crescendo avec Furtwängler peuvent sonner comme 6 ou 8, voire 12 mesures,
en raison de l’énorme élargissement qu’il opère, poussant les instrumentistes jusqu’au bout de leurs possibilités avant de lancer triomphalement cet Allegro à 4/4. Ce
molto ritardando non écrit – sonnant comme une véritable résurrection – peut choquer les puristes et désarçonner les batteurs de mesure (dixit Wagner) ; mais il a
toujours enchanté les mélomanes et nous n’avons nul doute que le compositeur lui-même en aurait été ravi.
26.
1937
1943
1954
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce 4ème mouvement n’est pas le plus difficile à exécuter, mais
il peut devenir vite ennuyeux s’il est mal joué (tel une procession pompeuse, par exemple). Là aussi, les constantes de Furtwängler seront son tempo large et l’énorme énergie
exigée des cordes, ainsi que la beauté du son notamment aux cuivres.
27.
1954
Une autre constante particulière à Furtwängler sera le crescendo qu’il demandera et obtiendra 12 mesures
avant la fin du développement, passant volontairement de fortissimo à triple forte ( ff à fff).
28.
1954
l'Allegro initial
1954
la reprise
Furtwängler prendra la récapitulation dans un tempo légèrement plus rapide que l’Allegro initial. La
différence est infinitésimale : seul un métronome pointu (si l’on insiste à le sortir de sa cachette) pourra le déceler. Cette ancienne pratique, prônée à nouveau par Wagner,
permet d’éviter adroitement l’impression de déjà vu, et est souvent employée par la grande école allemande pour toute reprise da capo des partitions des grandes œuvres
classiques ayant la forme sonate (A-B-A).
29.
1937
grande allure et
ligne mélodique
archi-claire
1943
de la folie pure!
1954
le grand départ
Et voici la Coda : un presto de 82 mesures, que Furtwängler construira en accelerandi continus
jusqu’au cinquième accord avant la fin. C’est d’une difficulté technique impensable pour les instrumentistes, quoique les Berlinois s’en soient toujours accommodés à
merveille. Cette longue accélération permettra à Furtwängler non point d’asséner les très nombreux accords de manière régulière et constante (certains ironistes ont même
prétendu que Beethoven ne savait pas terminer une œuvre !), mais plutôt de concevoir cette fin comme une longue phrase musicale qui ne perd jamais de vue la ligne mélodique
incontestable.