L’entrée peut être qualifiée de constante, en ce sens que Furtwängler la faisait toujours exécuter avec une
légère emphase sur le sfp (sforzando piano), et un poco ritardando joué plus tôt que ne l’indique la partition, le tout laissant admirablement présager
des grandes choses à venir.
Cette préparation aurait été inutile si la suite grandiose ne la justifiait point, sublime exemple de cause
à effet.
21.
1937
1943
1954
Premier fortissimo
Ici aussi, mêmes caractéristiques des trois versions observées dans le premier mouvement.
22.
1954
Deuxième fortissimi
Ce tempo ample, déjà annoncé dans le « martellato » du second mouvement, a atteint à présent sa
vitesse de croisière et l’auditeur aura beaucoup de mal à résister à l’expression extatique des premiers violons dans le second fortissimo, laquelle extase ne pouvait être
exprimée qu’à ce tempo.
23.
1937
belle envolée soutenue
1943
tout en révolte
1954
tout en souveraineté
Fugato
Ce tempo demeurera inchangé, y inclus la partie médiane du mouvement. Furtwängler n’a jamais varié sa vision
sur ce point, alors que la plupart des chefs ont recours à deux tempi différents : l’un rapide pour la première partie (prise comme un Scherzo vif) et le second plus
lent pour la partie médiane fugato (souvent confondue avec un Trio). Furtwängler choisit ici un tempo de base unique qui convient à la perfection aux deux
parties du mouvement. En dépit des recommandations du patriarche Weingartner, la plupart des chefs tombent dans le piège des deux tempi différents, y compris Toscanini !
Voici donc ce fugato, exécuté avec le maximum d’articulation sur les cordes, notamment sur les basses impressionnantes de Berlin.
24.
1954
Une autre constante de Furtwängler concerne sa façon de préparer
l’entrée dans le « royaume des ombres », soit la ré-exposition. Ainsi, il fera toujours commencer le poco ritardando bien plus tôt qu’au début
du mouvement, et chaque instrument ira jusqu’au bout de son dernier soupir, jusqu’à la quasi désagrégation du thème, lequel renaîtra plus tard de sa dernière braise pour
reprendre son long voyage sans retour (dont seul un faible rappel se fera entendre dans le dernier mouvement).